Depuis quelques années, la tendance managériale vise à remettre l’humain au cœur de l’entreprise. Le schéma de pensée incarné dans le Taylorisme consistant à voir l’humain comme une ressource, un objet de production devant exécuter des taches sous la responsabilité de donneurs d’ordres est -irrémédiablement espérons-le- sur le déclin.

Si remettre l’humain au cœur du système de production révèle d’une intention sincère, un premier inventaire s’impose. Nous ne pouvons échapper à la question : pour quoi et comment, nous, humains sommes capables de créer des systèmes déshumanisés ?

Sans conscientiser ce mécanisme par lequel nous avons « l’intelligence » de nous couper de notre humanité et de construire des systèmes déshumanisés, nous reproduirons le schéma.

La voie de passage pour remettre l’humain au cœur de l’entreprise ne se fera pas à coup de baby foot ou d’écran plats et de canapé  (nécessaire mais surement pas suffisant). Elle ne verra le jour qu’en se confrontant à cette question.

Et en faisant ce travail, l’entreprise retrouve sa vocation sociale au sein de la société

En effet, il est évident que c’est le même mécanisme qui est à l’œuvre quand nous consommons les ressources de la terre au-delà, autant du raisonnable que du nécessaire. Et toujours le même quand nous nous coupons de la nature et de ses rythmes, que nous encourageons la mal bouffe à coup de publicité mensongères voire crétinisantes, quand nous … la liste est longue car le schéma se reproduit à l’infini tant que nous ne le dénonçons pas.

Dans un premier temps, nous pouvons chercher des solutions pour réparer nos bêtises. Suivant le secteur, l’entreprise se libère, le citoyen tri ses déchets et mange local et l’agriculture se raisonne voire redevient bio, etc..

Mais une solution peut ne rien changer. Ce peut être un leurre courtermiste. Même s’il convient évidemment de le faire tant l’urgence est là.

Einstein nous avait prévenu : aucun problème ne peut être résolu au niveau de conscience qui l’a créé.

Nous n’avons pas d’autre choix que de changer de niveau de conscience. Et c’est surement la bonne nouvelle. Ce temps particulier nous donne l’opportunité de changer de niveau de conscience pour mieux appréhender les choses de la vie. 

Toujours Einstein :  Nous passons 15 ans à l’école et pas une fois on ne nous apprend la confiance en soi, la passion et l’amour qui sont les fondements de la vie. Edgar Morin ne nous dit rien d’autre quand il nous interpelle cet été lors des rencontres « agir pour le vivant » avec une conférence dont le titre est simplement « qu’est-ce que la vie ? »

C’est au sein d’une société qui met dans ses priorités les choses de la vie que nous deviendrons acteur de ce changement de paradygme au lieu de le subir.

Le citoyen est prêt à ce changement, lui qui s’engage dans les très nombreux stages de spiritualité et/ou de développement personnel qui lui sont proposés et qui fait de son mieux, pour que cela aille moins mal, au sein du système dans lequel il est pris.  Toutefois, si l’individu a évidemment son rôle à jouer, le citoyen est globalement seul et isolé et donc sans réelle capacité d’entrainement. De l’autre côté, les gouvernements sont trop viscéralement attachés à des schémas de pensées liés au « pouvoir sur ». Seule l’entreprise a la puissance nécessaire et l’énergie d’entreprendre pour se confronter positivement à ce changement de paradygme. La même puissance que celle qui l’a conduit à déshumaniser son collectif au début du taylorisme peut être mis au service d’un nouveau schéma sociétal.

Remettre l’humain au cœur de l’entreprise est un enjeu, non pas de l’entreprise pour elle-même et sa performance propre, mais un enjeu sociétal auquel contribue l’entreprise. Cette fois, l’entreprise ne doit pas se libérer sous l’effet d’une mode ou d’enjeu de performance. Elle doit le faire parce qu’elle a la vision de son rôle sociétal au sein de l’humanité. Parce qu’elle a compris que nous devons apprendre à produire dans le respect des fondements de la vie.

« Tout est dans l’intention » disent les sagesses amérindiennes.